Le 21-06-2026
par Joël Perichaud, Secrétaire national du Pardem aux relations internationales
Alors que l’Union européenne vient de déclarer qu’elle lance le parcours de l’adhésion de l’Ukraine, le véto hongrois ayant été « levé », elle ne dit pas un mot sur la cérémonie organisée le 24 mai à Kiev pour la ré-inhumation des cendres de Melnyk (ainsi que celles de sa femme Sofia) exhumées au Luxembourg lors d'une cérémonie officielle le 19 mai. Ce nationaliste ukrainien de la Seconde Guerre mondiale, dirigeant fasciste et collaborateur nazi Andriy Melnyk qui est mort en exil en 1964. Et qui encore peut honnêtement se gargariser des « valeurs » de l’UE ?
Le 18 juin 2026, « Le Conseil européen réaffirme son soutien constant, ferme et sans faille à l'indépendance, à la souveraineté et à l'intégrité territoriale de l'Ukraine à l'intérieur de ses frontières internationalement reconnues. L'Union européenne continuera d'apporter, en coordination avec des partenaires partageant les mêmes valeurs et ses alliés, un soutien politique, financier, économique, humanitaire, militaire et diplomatique global à l'Ukraine et à sa population. » et « Le Conseil européen se félicite de la tenue de la conférence intergouvernementale sur l'adhésion de l'Ukraine à l'Union européenne, ainsi que de l'ouverture du groupe de chapitres "Fondamentaux" le 15 juin 2026, et attend avec intérêt l'ouverture des autres groupes de chapitres, conformément à l'approche fondée sur les mérites. »
Ce sont les faits qui font l’histoire et attestent de la réalité, non ? Ils sont là : en 2026, l’Ukraine a élevé le chef politique de l’Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN) au rang de « héros national ». Lisez et comme d’habitude preuves à l’appui !
Près de trois ans après que le Parlement canadien ait célébré le vétéran de la Waffen-SS Yaroslav Hunka en lui rendant hommage et une « standing ovation», l’Ukraine a élevé le chef politique de l’Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN) au rang de « héros national ».
Le 24 mai, lors d’une cérémonie organisée au cimetière militaire national de Kiev, les dirigeants politiques et militaires Ukrainiens ont ré-inhumé les cendres de Melnyk (ainsi que celles de sa femme Sofia) exhumées au Luxembourg lors d'une cérémonie officielle le 19 mai. Le nationaliste ukrainien de la Seconde Guerre mondiale, dirigeant fasciste et collaborateur nazi Andriy Melnyk était mort en exil en 1964.
Melnyk dirigea une faction de l’OUN, nommée OUN-M (avec le M de Melnyk), de 1939 jusqu’à sa mort, prônant l’établissement d’un État ethnique ukrainien fasciste subordonné à l’Allemagne nazie. Les forces de l’OUN-M collaborèrent avec enthousiasme à l’Holocauste des Juifs d’Europe et à la guerre d’extermination nazie contre l’Union soviétique. Le journal affilié à l’OUN-M, Krakivski Visti, qualifia l’agression contre l’URSS de « guerre la plus justifiée de l’histoire », tout en célébrant Adolf Hitler comme « le plus grand dirigeant du XXe siècle ». Lorsque les nazis perdirent la Seconde Guerre mondiale, Melnyk et d’autres collaborateurs fascistes s’adaptèrent sans difficulté à la guerre froide menée par les gouvernements américain, britannique et canadien pour détruire l’Union soviétique.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky (deux ans après l’expiration de son mandat…) a annoncé le 19 mai que les restes de Melnyk et, bientôt, d’autres nationalistes fascistes, tels que Yehven Konovalets, seraient rapatriés et inhumés dans les jours prochains dans le cadre d’un plan gouvernemental visant à établir un « panthéon de héros nationaux ».
Lors de son discours, Zelensky a cyniquement déclaré : « Le peuple ukrainien mérite sa mémoire historique et nous renforçons cette véritable mémoire », ajoutant que des figures telles que Melnyk étaient « profondément respectées ».
Sur X ( ex twitter), le président ukrainien, célébré par les européistes de tous poils et les médias pro-européens, comme le héraut de la démocratie occidentale, a fait l’éloge du collaborateur nazi ukrainien : « Le colonel Andriy Melnyk est revenu dans une Ukraine différente, non pas celle qu’il avait été contraint de quitter, mais celle dont il avait rêvé. Il en avait rêvé, tout comme des milliers d’autres figures ukrainiennes aussi importantes. Je remercie tous ceux qui font véritablement de leur mieux pour que notre mémoire nationale ukrainienne demeure une mémoire vivante. Je suis reconnaissant envers tous ceux qui ont œuvré pour rendre possibles de tels retours de grandes figures ukrainiennes et pour donner au peuple ukrainien son propre panthéon de héros. »
Mensonges. La ré-inhumation du collaborateur nazi Melnyk n’a d’autre objectif que de falsifier la vérité historique !
Les crimes d’Andriy Melnyk
L’obsession d’Andriy Melnyk était la destruction, physique et politique, de l’Union soviétique née en 1917. En cela, il fit cause commune avec les impérialismes polonais, allemand, américain et canadien. Le premier acte de Melnyk fut sa participation active à la répression du soulèvement bolchevik de l’Arsenal à Kiev en janvier 1918. Il prêta ensuite serment d’allégeance à l’Hetmanat (nom du bref gouvernement de Skoropadsky), installé avec le soutien de l’Allemagne, des cosaques blancs ukrainiens et d'organisations militaires, (après la débandade de la République populaire ukrainienne le 29 avril 1918) puis au Directoire de Petlioura. Pour mémoire, ces deux gouvernements combattirent l’Armée rouge soviétique.
Les soldats de Melnyk, alors chef d’état-major de l’Armée populaire ukrainienne, participèrent aux pogroms anti-juifs pendant la guerre civile, au cours desquels jusqu’à 200 000 personnes furent assassinées.
Les armées nationalistes ukrainiennes comme les armées blanches russes étaient animées par le mythe du « judéo-bolchevisme » selon lequel la Révolution russe aurait été l’œuvre d’une conspiration juive. Cette idéologie fut adoptée et soutenue avec enthousiasme par l’Organisation des nationalistes ukrainiens - l’OUN - fondée en 1929 par Yevhen Konovalets et Melnyk.
La revue théorique de l’OUN, Rozbudova Natsii (Construire la nation), ainsi que d’autres acteurs de l’OUN, comme Mykola Stsiborskyi et Mykhailo Kolodzinskyi, élaborèrent des plans pour une Ukraine ethniquement « pure », débarrassée des Russes et des Juifs, construite sur une base génocidaire et fasciste. Dans le numéro 8-9, « La judéité, le sionisme et l’Ukraine », Yuri Milyanich écrivait : « les Juifs sont les ennemis de l’idée nationale ukrainienne indépendante » et « dans la lutte contre la judéité, qui nous est hostile à tous égards, nous devons développer les formes les plus avantageuses pour résoudre la question juive ».
Les plans de l’OUN ne pouvaient être mis en œuvre qu’avec l’aide de l’impérialisme allemand pour lequel les Ukrainiens anticommunistes étaient considérés comme des instruments utiles à la réalisation des revendications territoriales de l’Allemagne. En 1923, l’« Organisation militaire ukrainienne » de Melnyk (UVO, organisation préfigurant l’OUN) servit comme agence d’espionnage et de sabotage au profit du renseignement militaire allemand (l’Abwehr) . Cette complicité avec l’État allemand se poursuivit jusque sous la période nazie. Andriy Melnyk fut élu dirigeant de l’OUN après l’assassinat, en 1938, de Yehven Konovalets par le NKVD de Staline.
La question tactique des relations de l’OUN avec l’Allemagne nazie provoqua la scission de l’OUN entre les « Melnykistes » (OUN -M), favorables à des relations de subordination et les partisans de Stepan Bandera, les « Bandéristes » (OUN-B), qui acceptaient la coopération mais espéraient pouvoir obtenir des nazis la création de leur propre État fasciste.
Dès le début de la Seconde Guerre mondiale, l’OUN apporta toute son aide au Troisième Reich. Melnyk s’adressa à Adolf Hitler à plusieurs reprises, suppliant que ses troupes nationalistes ukrainiennes soient autorisées à recevoir « l’honneur de prendre part à la croisade contre la barbarie bolchevique ». Cette croisade assassinera plus de 27 millions de Soviétiques…
Les nationalistes ukrainiens fournirent une grande partie du personnel des camps de concentration nazis. Une organisation contrôlée par l’OUN, le « Comité central ukrainien », fut établie dans les bureaux de l’Abwehr à Cracovie. Son journal, Krakivski Visti, publia une marée d’articles incitant à l’antisémitisme. Son rédacteur en chef, Mikhailo Chomiak, était le grand-père de l’ancienne vice-première ministre canadienne, Chrystia Freeland, qui poursuit l’œuvre familiale en tant que conseillère du gouvernement Zelensky…
L’OUN-M fit campagne pour la création de la 14e division Waffen-SS Galicie, qui massacra des partisans soviétiques ukrainiens, des Polonais, et réprima le soulèvement national slovaque.
Des membres de l’OUN-M, organisés en bataillons de police auxiliaire nazis (Hilfspolizei) de la Schutzmannschaft (bataillons d’équipes de protection), suivirent la Wehrmacht lorsqu’elle avança en Ukraine en 1941. À Kiev, l’OUN participa aux pogroms, y compris au massacre de Babi Yar (Shoah ukrainienne par balles) avec le 201e bataillon Schutzmannschaft, au cours duquel 33 771 Juifs furent assassinés.
Bien entendu, la police de l’OUN traquait les Juifs et les partisans soviétiques, les rassemblait et les envoyait vers les camps d’extermination. Certains furent expédiés en Allemagne nazie pour servir de travailleurs forcés, les mal nommés Ostarbeiter (Travailleur de l’Est).
En février 1943, lorsque la guerre commença à tourner au désavantage des nazis après leur défaite à Stalingrad, des membres de l’OUN au sein de la police locale rejoignirent l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA), qui continua à assassiner des partisans, des Juifs et des Polonais, avec pour objectif de former un État fasciste ukrainien « indépendant ».
Début 1945, lorsqu’il devint clair que la guerre était perdue pour la cause fasciste, Melnyk se mit à la disposition des Alliés. Les OUN-M et OUN-B continuèrent, à l’identique, leurs activités de renseignement et de contre-insurrection pour les Alliés…en lieu et place de l’Abwehr.
De 1945 jusqu’au milieu des années 1950, les services de renseignements britanniques et américains utilisèrent des membres de l’OUN comme agents infiltrés en Union soviétique, tentant un renversement de l’intérieur, tout en planifiant son anéantissement nucléaire de l’extérieur.
Andriy Melnyk dirigea l’OUN-M jusqu’à sa mort en 1964, se rendant fréquemment au Canada et aux États-Unis pour attiser le fanatisme antisoviétique et répandre le poison fasciste. Il ne put le faire que parce que la vérité sur l’Holocauste et sur la guerre d’extermination nazie, ainsi que sur leur implication dans ces crimes, fut étouffée.
L’ouverture des archives soviétiques à la suite de la dissolution de l’URSS, la déclassification des dossiers de la CIA et la collecte de témoignages ont fourni aux historiens des preuves irréfutables du caractère politique criminel et fasciste du nationalisme ukrainien au XXe siècle.
La belle Ukraine de Zelensky et de l’UE
La ré-inhumation de Melnyk survient à un moment critique de la crise politique en Ukraine.
En effet, la guerre par procuration de l’Occident impérialiste contre la Russie en Ukraine se fait contre les classes populaires ukrainiennes et l’hostilité à la guerre (que Zelensky avait promis d’arrêter) grandit. Plus de 500 000 hommes ont été tués; 3,7 millions de personnes ont été déplacées à l’intérieur du pays et, 5,6 millions sont réfugiées… Dont plus de 540 000 hommes en âge d’être enrôlés qui ont fui le pays.
Les TRC (Territorial Center of Recruitment - Centre territorial de recrutement) l'organe administratif militaire ukrainien qui gère les dossiers militaires et mobilise la population, c’est-à-dire qui enrôle de force dans l’armée ukrainienne les jeunes hommes qui cherchent à éviter la conscription, sont détestés et se heurtent à la résistance physique de civils.
La corruption bat son plein en Ukraine au sein de la classe dominante
Le régime de Zelensky est profondément discrédité par une série de scandales de corruption qui ont révélé que le proche entourage de Zelensky s’est enrichi sans vergogne grâce à la guerre. C’est particulièrement le cas d’ Andriy Yermak, l'ancien chef d'état-major de Zelensky, inculpé et arrêté début mai 2026. Yermak est accusé, entre autres, d'être impliqué dans un scandale de corruption concernant un projet de constructions de luxe de 10,5 millions de dollars à l'extérieur de la capitale ukrainienne, Kiev. Mais que les soutiens de Zelensky soient rassurés : Yermak, qui affirme ne rien posséder, a été libéré de prison 5 jours plus tard contre une caution de 3,2 millions de dollars… Pendant des années, Yermak a été l'une des figures politiques les plus influentes d'Ukraine, surnommé le « cardinal fantôme » derrière Zelensky. Yermak et Zelensky sont proches alliés et amis depuis environ 15 ans.
Le scandale a éclaté en novembre 2025 lorsque le personnel du Bureau national de lutte contre la corruption de l'Ukraine (NABU) a perquisitionné l'appartement de Yermak dans le cadre d'une enquête sur une affaire de détournement de fonds de 100 millions de dollars connue sous le nom d'"Opération Midas». Cette carambouille visait Energoatom, la société nucléaire d’État et impliquerait plusieurs membres du gouvernement ukrainien, un proche associé de Zelensky et Yermak. Les révélations ont indiqué qu'ils avaient reçu des pots-de-vin de 10 à 15 % de la valeur du contrat de la part d'entrepreneurs qui construisaient des fortifications sur l'infrastructure énergétique de l'Ukraine.
La ministre de l'Énergie Svitlana Hrynchuk et le ministre de la Justice Herman Halushchenko ont été contraints de démissionner.
Face aux scandales à répétition et à la corruption endémique et connue de la classe dirigeante ukrainienne. Celle-ci redouble d’efforts pour construire une légende mêlant résistance du peuple ukrainien à l’envahisseur russe, défense de la liberté et de la démocratie et mensonges sur la réalité du pouvoir ukrainien. Précisons que ce spectacle est financé et réglé avec le soutien politique et financier actif de l’UE, des partis de droite et de gauche de tous poils et bien sûr, de Macron.
Ce qui se passe à Kiev est l’aboutissement d’un processus dans lequel des forces ouvertement fascistes, comme le bataillon Azov, ainsi que ses commandants ont été intégrés aux forces armées Ukrainiennes. Stepan Bandera a été déclaré héros national et des monuments à sa gloire ainsi qu’à celle d’autres collaborateurs nazis ont été érigés partout en Ukraine. (Lire : L’Ukraine, le néonazisme et l’Otan).
Pour l’oligarchie ukrainienne, l’élévation des fascistes ukrainiens ayant collaboré avec les nazis, au rang de héros devient de plus en plus centrale dans l’idéologie et les justifications de la guerre.
Mais, bien qu’elles revêtent une immense importance en Ukraine, les implications politiques de la ré-inhumation de Melnyk ne sont pas seulement une question ukrainienne. Elles envoient un message historique et politique au monde entier. En glorifiant Melnyk, criminel nazi, la classe dirigeante ukrainienne tente de ranimer le cadavre politique du nazisme.
La célébration par le Canada de l’officier de la Waffen-SS Hunka avait provoqué un scandale international en 2023 (Lire : L'éloquente ovation du Parlement canadien à un vétéran nazi ukrainien). Mais la réhabilitation politique de Melnyk est passée sous silence par la presse française aux ordres. Le New York Times a qualifié ce nazi comme un « héros controversé du XXe siècle » et la presse allemande, qui claironne pour une implication accrue de l’Allemagne dans la guerre contre la Russie, a presque entièrement passé sous silence les crimes fascistes de Melnyk.
Pourtant, Dani Dayan, le président du mémorial israélien de l’Holocauste Yad Vashem, a exprimé ses préoccupations au sujet de la cérémonie tenue en l’honneur du collaborateur nazi. Il a aussitôt été ajouté à une liste noire ukrainienne appelée Myrotvorets. Myrotvorets est un site Web ukrainien qui publie une liste courante et des informations personnelles, de personnes considérées comme des « ennemis de l'Ukraine » ou « dont les actions présentent des signes de crimes contre la sécurité nationale de l'Ukraine, la paix, la sécurité humaine et le droit international ». Le site Web a été lancé en décembre 2014 par l'homme politique et militant ukrainien Heorhiy Touka[ qui entretient des liens étroits avec le Service de sécurité d'Ukraine et le ministère de l’Intérieur. La publication d'informations personnelles sur le site est dénoncée par des organisations de défense des droits de l'homme, du fait du danger encouru par les personnalités présentes sur la liste dont plusieurs ont été assassinées. Selon le responsable du centre, 4 500 personnes se trouvaient dans la liste en octobre 2014 ; 45 000 en octobre 2015, plus de 102 000 en janvier 2017, 187 000 en août 2019…sans compter l'ensemble des habitants de la Crimée… Combien aujourd’hui ?
Lien étroit entre capitalisme et néo-nazis
Pour nombre de dirigeants politiques, tant dans l’UE que dans l’Occident global et de journalistes, chantres du système européen néolibéral, l’Holocauste et la guerre d’extermination nazie, ainsi que leurs auteurs, ne sont plus désormais que « controversés ». Ce camouflage, par la novlangue néolibérale, des crimes de l’Histoire est destiné à couvrir le rassemblement des «élites» autour
d’une politique de nouveaux massacres à l’échelle mondiale. En effet, les USA, Israël et leurs supporters européens commettent et camouflent le génocide des Palestiniens, les guerres impérialistes en République démocratique du Congo, en Iran, contre la Russie et bientôt contre la Chine, ainsi que les tentatives de changement de régime eu Vénézuéla et à Cuba. La célébration du criminel de guerre fasciste Melnyk par l’oligarchie ukrainienne, avec le silence complice de l’UE fait partie de la réhabilitation du fascisme à l’échelle internationale. Cet acte politique odieux fait présager que les classes dirigeantes néolibérales se préparent, en projetant une nouvelle guerre mondiale, à des crimes plus grands.
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