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martinez roux de bézieux

Par Jean-Michel Toulouse, membre du Bureau politique du Parti de la démondialisation
Le 6 octobre 2020


Lors de la dernière Fête de l’Huma, un débat qualifié d’historique a été organisé entre Philippe Martinez (CGT) et Geoffroy Roux de Bézieux (Medef). Quelle est l’utilité d’une telle opération ? Qui en récolte les bénéfices ? Nombreux sont les adhérents et adhérentes de la CGT à se demander quelle mouche a piqué leur secrétaire général…

Le « dialogue social » a franchi une étape significative. Tout du moins symbolique. Les médias les plus anti mouvements sociaux, si prompts à militer contre ce qu’ils jugent les méfaits de la grève, se sont gargarisés de l’info de rentrée : le responsable du Medef invité à la Fête de l’Huma à débattre avec le responsable de la CGT ! Une première. Du sensationnel. D’autant que ce débat, jugé "historique " par les commentateurs de la Fête de l’Humanité, reconfigurée pour cause de pandémie, a été organisé à l'initiative de la direction de la Fête, du PCF qui n'a pu l'ignorer, le tout accepté avec enthousiasme par la direction de la CGT. Une idée de communicant pour exister dans les médias malgré le caractère très rétréci de cette édition 2020… ?
A priori cette alliance de la carpe et du lapin a de quoi sidérer ceux qui décryptent les rapports sociaux à travers le prisme de la lutte des classes. Patrons contre salariés. Syndiqués contre directions patronales défendant des intérêts antinomiques. Exploitation contre émancipation. Bref, classe contre classe.
Alors comment comprendre que la CGT, syndicat de lutte pour l’abolition du salariat, le Parti communiste français favorable à la sortie du capitalisme dialoguent avec le Medef dominateur, offensif et intraitable depuis des décennies grâce à l’appui des gouvernements successifs et de l’Union européenne… Étrange. Choquant. Déroutant.
Mais pourtant… ce débat bien élevé a bien eu lieu au sein du sein : la Fête de l’Huma, historiquement temps et espace populaire de la lutte de classes ! Et le tout en pleine période d’écrasement des luttes sociales et de contre-réformes anti sociales touchant au cœur même du système social des Français !
La question est lancinante, obsédante. Pourquoi débattre avec le syndicat patronal assoiffé de délocalisations, Bridgestone à Béthune, après bien d’autres, comme PSA-Aulnay, Alstom, Technip, etc. Le Médef toujours avide de privatiser et de supprimer des emplois, partenaire idéal du gouvernement Macron qui se charge de réprimer les syndicalistes, de briser le droit du travail et d’éborgner des Gilets jaunes.
Alors que nous sommes pris dans une guerre sans pitié entre salariés et patrons, convaincus par la réalité sociale qu’une contradiction irréconciliable existe entre les premiers, pieds et poings liés dépendants des seconds, en "état de subordination" comme le dit le droit bourgeois du travail et les seconds, seuls détenteurs de la "valeur actionnariale" et de la propriété des moyens de production, ce débat est obscène !

Oui, nous pensons que la lutte des classes existe encore et que la CGT, malgré sa tiédeur de ces dernières années en portait encore le flambeau tandis que le débat entre "partenaires sociaux" n'était qu'une mascarade de propagande incarnée par la CFDT, l'assistante sociale du Capital.
Pourquoi le numéro 1 de la CGT entretient-il l'illusion qu’un compromis est possible avec le fondé de pouvoir de la classe des dominants qui organise le chômage, la précarité, les bas salaires, les licenciements massifs, le travail aliéné, la destruction du droit du travail, au nom du droit divin de propriété des actionnaires ?
Il nous vient alors de sombres pensées. Le débat à la Fête de l’Huma serait-il en fait une nouvelle étape de la dérive réformiste de la CGT ou encore le lent mais irrépressible abandon de son rôle de défense des intérêts des ouvriers, des employés, de tous ceux qui refusent d’abdiquer, de se rendre ?
Les preuves s’accumulent. Adhérente à la Confédération européenne des syndicats (CES), courroie de transmission du Capital œuvrant à la corruption idéologique du salariat, la CGT a partie liée avec l’Union européenne, ses institutions et ainsi complice de fait avec ses politiques néolibérales. Voilà les vrais points de convergence entre P. Martinez et G. Roux de Bézieux (qui ose durant le débat - sans être repris par l’intéressé - apostropher le secrétaire général de la CGT par son prénom...).
Il est légitime de se demander quand sera acceptée la cogestion à l’allemande ? A quand la complète collaboration de classes ? "Philippe" remerciera-t-il "Geoffroy" des bons services rendus aux salariés : délocalisations, chômage, bas salaires, précarité, licenciements massifs, destruction du droit du travail, matraquage des syndicalistes, répression des manifestations, instrumentalisation de la pandémie en outil de la dictature du capital et de la tyrannie bourgeoise avec Macron ?
Pour de nombreux militants de la CGT, du PCF et des lecteurs de l'Humanité, comme pour les militants d'autres organisations anticapitalistes, l’organisation de ce débat témoigne de la confusion idéologique à gauche et de la décomposition totale du système politique et syndical.
De ce pathétique événement il faut tirer toutes les leçons et ne pas croupir dans nos désillusions. Les luttes, pour être victorieuses, doivent être menées directement par le salariat et les classes populaires de ce pays. L’irruption des Gilets jaunes en atteste une fois encore s’il en était besoin.
Enfin il appartient aux adhérents de la CGT de décider si la direction de leur syndicat doit changer ou s’ils cautionnent le dialogue social « à la Martinez » ! Vite ! Avant la prochaine université du Medef où Philippe Martinez sera certainement invité !

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