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Plus de trente ans ont passé depuis la signature de la Charte des Nations-Unies visant à établir un nouvel ordre international. Aujourd’hui, cet ordre a atteint un moment critique. L’espoir de créer une vie meilleure pour l’humanité toute entière a été largement démenti. Il s’est révélé impossible d’atteindre les « limites intérieures » de la satisfaction des besoins humains fondamentaux. Au contraire, les affamés, les sans abri et les illettrés sont plus nombreux aujourd’hui que lorsque les Nations Unies ont été créées.

 

Dans le même temps, de nouvelles préoccupations ont commencé à assombrir les perspectives internationales. La dégradation de l’environnement et la pression croissante sur les ressources nous amènent à nous demander si un risque ne pèse pas sur les « limites extérieures » de l’intégrité physique de la planète.

A ces préoccupations, nous devons ajouter que, dans les trente prochaines années, la population mondiale va doubler. Un autre monde va s’ajouter à l’actuel, équivalent en nombre d’habitants, en demande et en espoir.

Mais cette pression cruciale ne signifie pas que nous devons désespérer de l’entreprise humaine, à partir du moment où nous entreprenons les changements nécessaires. Le premier point à souligner est que l’échec de la société mondiale à procurer « une vie sûre et heureuse » pour tous n’est pas dû à un manque de ressources physiques. Le problème aujourd’hui n’est pas en premier lieu celui d’une pénurie physique absolue, mais d’une inéquité économique et sociale et d’un mauvais usage ; la situation difficile dans laquelle se trouve l’humanité a pour origines les structures économiques et sociales et les comportements à l’intérieur des pays et entre les pays.

La plus grande partie du monde n’a pas encore émergé des conséquences historiques de près de cinq siècle de contrôle colonial qui a massivement concentré le pouvoir économique entre les mains d’un petit groupe de nations. A ce jour, au moins les trois quarts des richesses, des investissements, des services et presque toute la recherche mondiale sont dans les mains d’un quart de la population.

Les solutions à ces problèmes ne peuvent pas provenir de l’auto-régulation par les mécanismes de marché. Les marchés classiques donnent un accès aux ressources à ceux qui peuvent payer plutôt qu’à ceux qui en ont besoin, ils stimulent une demande artificielle et génèrent des déchets dans le processus de production, et certaines ressources sont même sous-utilisées. Dans le système international, les nations puissantes ont sécurisé leurs approvisionnement à bas prix en matières premières en provenance des pays pauvres – par exemple, le prix du pétrole a nettement chuté entre 1950 et 1970 – ont accaparé toute la valeur ajoutée de la production et de la revente de biens manufacturés, souvent à des prix monopolistiques.

Dans le même temps, le prix très bas des matières a encouragé l’industrialisation des nations et l’utilisation extravagante et sans précaution de matériaux importés. Encore une fois, l’énergie est le meilleur exemple. Le pétrole à peine au dessus d’un dollar le baril a stimulé la croissance de la consommation d’énergie entre 6 et 11% par an. En Europe, l’augmentation annuelle des immatriculations de voitures a atteint 20%.

En fait, la mainmise des riches sur une part disproportionnée des ressources clé entre en contradiction avec les intérêts à long terme des pauvres en réduisant l’accès aux ressources nécessaires à leur développement et en augmentant leur coût. Autant de raisons pour créer un nouveau système d’évaluation des ressources qui prenne en compte les bénéfices et les pertes pour les pays en développement.

Le principal effet de relations économiques aussi biaisées s’observe dans les inégalités en matière de consommation. Un enfant d’Amérique du Nord ou d’Europe consomme outrageusement plus que son homologue Indien ou un Africain – un fait qui rend douteuse l’attribution de la pression sur les ressources à la seule augmentation de la population du Tiers monde. L’augmentation de la population est bien sûr une des raisons de l’augmentation de la pression sur les ressources mondiales. La planète est finie et une multiplication infinie du nombre d’habitants et de la demande ne peut être indéfiniment soutenable. De plus, des pénuries peuvent apparaître localement bien avant qu’on ne détecte un dégradation générale de certaines ressources.

Une politique de conservation des ressources et, d’une certaine façon, de gestion des ressources rares menacées dans le cadre du nouvel ordre économique doit rapidement remplacer la rapacité actuelle et l’absence de précaution. Mais le fait est que, dans le monde actuel, l’énorme contraste entre la consommation par personne de la minorité riche et de la majorité pauvre a bien plus d’impact que le nombre d’humains sur l’utilisation de ressources et leur dégradation. Ce n’est pas tout.

Depuis la conférence de Bucarest sur la population, il est clairement établi que le manque de ressources pour le développement humain est l’une des causes de l’explosion démographique, l’absence de moyens pour le développement exacerbant les problèmes démographiques.

Ces relations économiques inégales contribuent directement à augmenter les pressions sur l’environnement. La baisse des prix des matières premières a été un facteur de l’augmentation des pollutions, a encouragé la production de déchets et une économie du jetable chez les riches. La pauvreté qui perdure dans de nombreux pays en développement a souvent conduit les gens à cultiver des terres nouvelles, provoquant d’énormes risques d’érosion des sols, ou à migrer dans des villes surpeuplées et physiquement dégradées.

On ne compte pas les problèmes qui découlent d’une dépendance excessive au système de marché, restreint aux relations internationales.

L’expérience des trente dernières années montre que la recherche exclusive de croissance économique, voulue par le marché et poursuivie par les élites puissantes, a le même effet désastreux à l’intérieur des pays en développement. Les 5% les plus riches accaparent tous les profits tandis que les 20% les plus pauvres ne peuvent que s’appauvrir encore. Au niveau local comme au niveau international, les maux de la pauvreté matérielle proviennent d’un manque de participation des gens et de dignité humaine, et d’une absence totale de pouvoir pour déterminer leur propre sort.

Rien ne peut illustrer plus clairement le besoin de réformer l’actuel ordre économique et la possibilité de le faire que la crise qui a touché les marchés mondiaux ces deux dernières années. Le triplement des prix des fertilisants agricoles et de produits manufacturés dans un contexte d’inflation mondiale a frappé plus durement les populations les plus pauvres. De fait, le risque d’une rupture complète d’approvisionnement menace la vie de millions de personnes du Tiers monde. Mais on ne peut pas appeler ce phénomène une pénurie. Les récoltes existent, mais sont consommées ailleurs, par des personnes très bien nourries. La consommation par personne de céréales en Amérique du Nord a cru de 350 livres depuis 1965, principalement pour la production animale, et atteint 1 900 livres aujourd’hui. Ce supplément de 350 livres est quasiment égal à la consommation annuelle d’un Indien. Les Américains du Nord étaient réellement affamés en 1965... Cette augmentation a contribué à une surconsommation qui va jusqu’à menacer leur santé. Ainsi, d’un point de vue strictement physique, il n’y aura pas de pénurie cet hiver. Il suffirait d’une petite partie des « surplus » des riches pour combler la pénurie de toute l’Asie. Il existe un exemple encore plus frappant de ce qu’on peut appeler la surconsommation dans les nations riches et de la sous-consommation qu’elle provoque dans les pays pauvres. La multiplication par quatre du prix du pétrole grâce à l’action conjointe des pays producteurs affecte nettement le rapport de forces sur les marchés mondiaux et redistribue massivement les ressources en faveur de certains pays du Tiers monde. Elle a permis de renverser l’avantage dans le commerce du pétrole et de mettre près de 100 milliards par an à la disposition de certaines nations du Tiers monde. Qui plus est, dans un domaine critique pour les économies des Etats industrialisés, ce profond renversement des pouvoirs les expose à ce que connaissent bien les pays du Tiers monde : l’absence de contrôle sur des décisions économiques vitales.

Rien ne peut illustrer plus clairement la façon dont le marché mondial, qui a continuellement opéré pour augmenter le pouvoir et la fortune des riches et maintenu le relatif dénuement des pauvres, trouve ses racines non pas dans des circonstances physiques impossibles à changer mais dans des relations politiques qui peuvent, dans leur nature profonde, subir de profonds changements. Dans un sens, le combat pour un nouvel ordre économique est déjà engagé. La crise du vieux système peut aussi être une opportunité pour en bâtir un nouveau.

Il est vrai que, pour l’instant, les perspectives se limitent à la confrontation, l’incompréhension, les menaces et les conflits. Mais encore une fois, il n’y a pas de raison de désespérer. Les crises peuvent aussi être des moments de vérité dans lesquels les nations apprennent à admettre la faillite du vieux système et à rechercher un cadre pour un nouvel ordre économique.

Gouverner, c’est essayer de guider les nations, avec leurs intérêts divergents, leurs pouvoirs et leurs richesses, vers un nouveau système qui soit capable de mieux articuler les « limites intérieures » des besoins humains essentiels et de le faire sans violer les « limites extérieures » des ressources planétaires et de l’environnement. C’est parce que nous croyons que cette tâche est à la fois vitale et possible que nous demandons plusieurs changements dans la conduite des politiques économiques, dans la direction prise en matière de développement et dans la conservation de la planète, qui nous apparaissent comme des composantes essentielles du nouveau système.

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